15 mai 2009
Élagage
Il y a plusieurs étapes dans ma vie de lectrice. Celle où je me jetais sur tous les livres possibles et inimaginables. Celle où je les accumulais à la vitesse de l'éclair. Celle où l'on m'a détesté lorsque j'ai déménagé et qu'on a vu la trentaine de boîtes marquées "livres" qu'on devait déplacer. Celle où j'ai consacré une pièce pour mes chers bouquins. Et celle, aujourd'hui, où j'ai une furieuse envie de grand ménage.
Depuis plusieurs mois, je fais le tri, un peu partout dans la maison. Depuis deux semaines, c'est pire. La folie ménagère s'est emparée de moi. Nous envisageons des rénovations. Nous envisageons de changer certains vieux meubles, qui ne sont plus adaptés, pour des meubles plus pratiques, plus épurés. J'ai déjà trouvé preneur pour les anciens, qui auront grâce à cela, une seconde vie. J'ai donc envie de ménage, afin d'offrir plus de place à nos projets. Lorsque je me retrouve devant un item, je me pose alors la question: l'ai-je utilisé depuis la dernière année? Non? Hop, on débarrasse! Alors, pour faire de la place à du neuf, dans ma vie, je trie, je récupère, je recycle, je donne, mais je fais le grand ménage. De tout. Vaisselle. Papiers. Objets en tout genre. Livres.
Trier les livres m'apparaissait un vrai calvaire. Plus maintenant. J'en ai trop. Partout. J'ai des murs pleins, pleins de livres. Des livres de mon enfance. Des livres qu'on m'a offert. Des livres de poche. Des grands formats. Des livres que j'ai trouvé dans les ventes. Des livres que j'ai ramassé au fil du temps. Des livres qui ont eu une vie avant d'être miens. Des livres que je n'ai pas aimés. Des livres que j'ai acheté et que je n'ai jamais lu, parce que les goûts changent.
J'étais une très grande lectrice de polar, à la fin de l'adolescence et au début de l'âge adulte. Des polars bien sanglants, des crimes à profusion. J'en avais des tablettes et des tablettes dans la bibliothèque. Mais je n'en lis plus. Je n'aime plus vraiment les polars. Le sang qui coule à flots, les viols, les meurtres, les gens trucidés ou écartelés me font tourner de l'oeil... J'aime certains polars. Henning Mankell me plaît. Le personnage de Wallander et la société suédoise dont il parle. Je garde. J'en ai plusieurs. J'aime Agatha Christie, Ellery Queen, Sherlock Holmes. Ce sont des romans plus doux, moins sanglants. Des classiques de la déduction. Je garde. Le reste...
J'ai pleins de romans français. Des classiques, accumulés au fil du temps. Mais je n'aime pas vraiment les romans français. Il y a quelque chose dedans qui ne m'attire pas. Je garde Zola, que j'aime.
Tout comme les livres hispanophones, ceux des pays chauds et de l'Afrique. Ces contrées ne m'attirent pas. Ça en prend pour tous les goûts. Je ne sais pas pourquoi je les garde. Ou plutôt, pourquoi je les gardais...
Même chose pour ces incontournables que l'on se doit d'avoir lus. Mais je n'ai pas envie de les lire. Est-ce que je les lirai un jour? Non, je ne crois pas. En ai-je ouvert un pendant la dernière année? Non. Hop, dans la boîte. Aucun scrupule. Je n'ai plus de place pour les scrupules. Les murs sont pleins. Les tablettes débordent.
Les livres de mon enfance. Je les regarde avec tendresse. J'en ouvre un, que j'aimais bien. L'intérieur est tout barbouillé de crayon violet. Je ne m'en souvenais plus. Et celui-là a bien vieillit. Il est très peu attirant. Les dessins sont ridicules. Je garde deux recueils de contes. Parce que les contes, c'est bien et que ça peut occuper les neveux et les nièces. Mais le reste... Les jeunes aiment le fantastique. Ma nièce lit Amos Daragon et Géronimo Stilton. Cet album en est bien loin... Dans la boîte.
J'ai aussi tous les Frissons que je dévorais à grande vitesse. La dame de la bouquinerie me les prendra à ma prochaine visite. Ils se vendent encore. J'ai aussi la collection quasi complète, aux couleurs pastels, des Baby Sitters. Qui ne se vend plus du tout, je me suis renseignée. Je relis quelques lignes. C'était assez moyen à vrai dire. Ça me plaisait pourtant, vu la pile de livres rose, vert et bleu qui m'entoure. Je n'ai pas envie de les conserver, ils prennent presque trois tablettes de ma bibliothèque... Trois. Je pourrais les vendre sur Ebay, mais je ne suis pas très vendeuse. Quand je veux me débarrasser de quelque chose, c'est tout de suite. Les ventes de garage, très peu pour moi.
Un petit tour dans les livres de cuisine, qui sont légion et que je n'ouvre presque plus. J'ai mes incontournables. Je les garde jalousement. Les autres... J'ai un livre sur les fondues. Je ne sais pas ce qu'il fait là. Je déteste profondément la fondue. Idem pour un livre sur les sauces. Je n'aime pas les sauces en général. Sauf sur les spaghettis. Et mon amoureux a inventé une recette que j'adore, pour les pâtes. On en congèle plein dans des petits plats. Pas besoin de livre. Hop, dans la boîte. Ou plutôt, les boîtes, à cette étape-ci...
Il y a tous ces livres que j'ai lu, à une époque, que j'ai aimé, mais que je ne relirai pas. Ce ne sont pas des livres pour être relus. Agréables à lire une première fois, mais sans plus. Au point où j'en suis, j'ai envie de tout mettre dans des boîtes. Les tablettes se vident et je me sens mieux.
Je garde tous les livres de bricolage, les beaux-livres, les livres de rénovations, d'art, de plantes, de jardin et d'animaux. Nous les consultons souvent. Ils ont une place spéciale chez moi et prennent trois tablettes à eux seuls. Je fais le tri de mes bandes dessinées. Qui sont séparées en deux parties: celles de ma vie d'adulte (et donc choisies avec soin, que je relis parfois et que je garde) et celles de ma vie d'enfant qui, ma foi, ne servent plus à grand chose. Les Schtroumpfs ne me plaisent plus vraiment. Mais ils plairont à quelqu'un d'autre.
Je fais le ménage dans mes livres d'étudiante. Que j'ai toujours. Oui, je suis un cas désespéré. À quoi ça me sert de conserver de vieux livres de philo que je ne regarde jamais? Ou ces livres que j'ai pu détester et que je ne relirai pas? Par contre, ma vie d'étudiante m'a fait découvrir Steinbeck, Faulkner, Woolf, d'autres aussi, que je garde précieusement. Tant qu'à être dans les livres d'études, autant faire un peu de ménage dans les dessins, les croquis, faits au CÉGEP, les livrets en tout genre et les carnets de notes. Le bac à recyclage déborde.
J'ai des livres en double. J'en ai donné à des amis. J'emboîte le reste. Je n'ai pas besoin de deux titres identiques...
Je garde tous les classiques que j'ai aimé. Cette dernière phrase est capitale. Que j'ai aimé. Je pense sérieusement à n'acheter désormais que des livres que j'ai aimé. J'ai demandé à ma bouquiniste de jeter un oeil pour moi, afin qu'elle me trouve des livres d'Elizabeth von Arnim et d'Elizabeth Gaskell. Deux Elizabeth pratiquement introuvables aujourd'hui. Je garde la littérature québécoise et anglaise, l'américaine et la scandinave. La russe aussi. Elles me plaisent, ces littératures. J'ai eu une période Japon et Chine. Mais plus maintenant. Juste de voir la couverture de ces romans, je me sens exaspérée. Pourquoi? Aucune idée. Je ne garde que Geisha de Golden, qui n'est pas vraiment japonais, mais qui parle du Japon. J'adore ce livre. Mais le film m'a déçue.
J'ai une tablette pour mes livres de Jane Austen et ceux s'y rapportant. Je peux enfin lui faire la place qu'elle mérite! Elle trône près de von Arnim, des Brontë, de Woolf, de Dickens et de quelques autres dans le même genre. Et du roman Les heures, que j'adore. J'ai une tablette pour mes livres de Tremblay, Poulin, Roy, Loranger, ma collection en Boréal Compact, quelques Babel. Ce sont des livres auxquels je reviens toujours. Je garde aussi les romans de jeunes auteurs qui ont été des coups de coeur et de belles découvertes.
Je garde uniquement des livres déjà lus que je relirai. Et des livres non-lus que je veux réellement lire. Les autres...
J'ai élagué ma bibliothèque hier. J'ai enlevé plus de 350 livres. J'en ai donné. J'en ai vendu. Il m'en reste encore trop. Alors en revenant de la bouquinerie, j'ai rempli à nouveau deux boîtes. Que j'irai porter plus tard. J'ai l'impression de respirer. Les tablettes ne sont pas vides, détrompez-vous! Il reste de la place pour les nouveaux, les classiques qui seront mes incontournables. J'ai même un nouveau venu, sur ces tablettes désormais épurées. Les poèmes d'Émile Nelligan, que l'on veut lire à voix haute, avec mon amoureux. J'aime Nelligan. Et je cherche depuis longtemps une édition qui m'offre un peu plus qu'uniquement les poèmes. Je l'ai trouvé à la bouquinerie, édité par CEC. Avec photos, notes et biographie. Parfait.
Maintenant, si je faisais le ménage du salon, avant les rénovations?
26 avril 2009
Les travaux
Ce que je me plaît à nommer "les travaux", ce sont toutes sortes de choses qu'il y a à faire ici, dedans comme dehors. Quand nous avons acheté la maison, nous avons repris une construction... toujours en construction. Rien n'était fait à l'intérieur. Que la structure extérieure. Il fallait rendre la maison habitable le plus vite possible avant l'hiver. Certaines choses ont été faites rapidement, en attendant, alors que d'autres sont tout à fait à notre goût. La maison nous offre un havre de paix, un endroit rempli de lumière été comme hiver, avec ses nombreuses fenêtres, et une vue imprenable sur la vie, à l'extérieur.
Il y a aussi les travaux extérieurs. Le terrain, ou plutôt, les terrains que nous avions achetés pour une bouchée de pain, ne nous ont pas été offert clé en main. De toute façon, je n'en voyais pas l'intérêt. Clé en main c'est beaucoup trop cher pour nous et en plus, ça ne nous permet de rien faire du tout. J'aime créer, travailler, améliorer les choses en le faisant moi-même. Il y a toute la fierté d'y réussir et les projets intéressants à devoir développer. Le premier terrain, où il y a aussi la maison, était envahit par les branchages à moitiés morts à l'arrière. Partout, il n'y avait aucun arbre, pas un coin d'ombre. Aucun aménagement, les marches menant à l'entrée étaient enfouie dans la boue. Il n'y avait pas de fleurs, des roches partout sur une pelouse qui ne poussait qu'à moitié. Le reste ne semblait être que de la terre de remplissage... de la roche, du sable, de la roche...
Nous nous sommes retroussés les manches et nous avons semé, planté, nettoyé, clairsemé, coupé... Aujourd'hui la pelouse pousse partout. De belles plate-bandes de fleurs ornent le devant de la maison. Les branchages ont été enlevés et la terre ratissée et dans quelques années, nous pourront y installer nos poules et nos autres petits animaux. Dans quelques années, nous auront des arbres magnifiques pour nous donner un peu d'ombre et de répit dans les chaudes journées d'été...
Le second terrain en est un de bois, certains arbres sont en santé et plein de vigueur, d'autres sont morts. Le bois mort attire les pic-bois et d'autres oiseaux. Nous leur laissons. Pour le moment, nous avons un chemin qui serpente et nous permet de nous promener. C'est suffisant. On ne peut pas tout faire en même temps. Mais les projets ne manquent pas. J'imagine même un petit étang, où viendraient batifoler quelques grands hérons...
Notre terrain qui semblait si difficile à dompter regorge cependant de toutes sortes de ressources. Les anciens débris de l'autre occupant (qui prenait son terrain pour une poubelle à ciel ouvert) nous ont servis pour toutes sortes de choses, dont entre autres, la construction d'une grande aire de mangeoires pour les oiseaux, l'installation de dalles anciennes et de petites marches autour des plate-bandes, etc. Notre parcelle de forêt regorge de pierres des champs empilées les unes sur les autres, pierres qui devaient se trouver dans la terre, lors de la construction de la maison. Nous les utilisons pour toutes sortes de choses. Délavées par la pluie et polies par le soleil, elles sont si belles et donnent un petit côté ancien qui ne me déplaît pas du tout!
Et maintenant, il y a tout le reste. Les travaux. Les travaux dehors. Les rénovations possibles à l'intérieur. Les changements. Les petites idées, qui deviennent tout à coup de grandes choses. La récupération, qui permet d'économiser et d'offrir une second vie à des objets qui termineraient dans les décharges. Ce petit puit que l'on veut décorer et aménager pour recevoir des corbeilles de fleurs. Ces pierres des champs qui feront un joli muret de chaque côté de nos deux entrées. Ces vieilles lampes solaires qui ne fonctionnent plus qui trouveront une seconde vie en porte-fleurs et remplaceront les petits poteaux qui délimitaient le jardin tout en l'agrémentant de jolies couleurs...
Il y a toujours tant à faire ici! Je crois que les anciens occupants n'en reviendraient pas de voir ce que l'on fait de leur ancienne maison...
06 avril 2009
Parce que les rêves...
Ce blogue existait déjà depuis quelques années. Il est comme une étape dans ma vie. J'avais envie de faire le ménage ici, comme on fait le grand ménage du printemps. C'est de saison. Parce que j'ai vraiment envie de faire autre chose, d'épurer un peu ce site trop engorgé, j'ai supprimé toutes les archives. Pour faire de la place dans sa tête, il faut en faire dans toutes nos sphères d'activités.
Pour ceux qui arriveraient ici par hasard et ne sauraient rien de nous, je vous raconte rapidement notre petite aventure.
J'ai vécu 24 ans à Montréal, en ayant toujours cru que j'étais une "fille de la ville". Le métro, les grandes foules. Je n'avais pas de voiture. Je ne sortais pas de ma ville de béton. Jusqu'à ce que je sois en contact avec la campagne à cause de mon amoureux... Le coup de foudre. Les moments passés là-bas étaient comme une seconde peau, l'impression de revivre, d'être véritablement à ma place. Le retour à la ville à la fin des week-ends était d'autant plus pénible à supporter. L'impression d'étouffer, entourer de trop de monde, trop de voiture, trop de béton, trop de tout. Et pas assez. Pas assez de verdure. Pas assez d'étoiles. Pas assez de silence. Pas assez de tout ce que j'apprivoisais et apprenais à aimer.
Le projet s'est imposé de lui même: quitter la ville pour s'installer à la campagne. Trouver une fermette qu'on pourrait s'offrir. Beaucoup de terrain. Et s'exiler. Ce qu'on a fait, à force de travail et d'acharnement. Lorsque nous avons remis les clés d'un minuscule 4 1/2 au propriétaire et que nous avons pris la route pour notre "coin perdu", j'ai sentis que c'était ça, la vraie vie.
Nous avons acheté une petite maison en construction et deux terrains. Le travail à y faire était gigantesque. Nous avons travaillé d'arrache-pied pour arriver à quelque chose. Aujourd'hui, la maison est habitable et plutôt jolie, avec ses grandes fenêtres qui donnent sur la forêt. Nous n'avons pas de voisin. Ils sont loin. Et on souhaite construire une fermette pour élever des animaux. Nous avons fait notre petite place dans notre village et y avons construit notre vie. J'ai trouvé un travail que j'adore, à temps partiel, dans une bibliothèque voisine. Nous avions comme devise de ne plus vivre comme à Montréal et de se garder du temps. Nous ne sommes pas riches d'argent, mais nous avons du temps. Une denrée rare et précieuse au XXIe siècle.
Puis, en début d'année, avec la crise économique, nous avons perdu notre source principale de revenus. Plus de travail pour Lui et une région économiquement difficile. Il n'y a pas de travail, les compagnies ferment les unes après les autres. Pour un poste affiché, il y a quantité de postulants. Nous nous sommes arrachés les cheveux à trouver des solutions. Les problèmes nous sont tombés dessus à répétition depuis le début et comme on pensait s'en sortir, les choses allaient de mal en pis. Heureusement, nous sommes bien entourés et nos familles nous ont grandement aidées. Au début, on s'est demandé ce qui arriverait de nous. Mais se rendre malade à trop s'inquiéter n'aide pas à régler les choses. Comme on n'y peut rien, on apprend à vivre avec ce qu'on ne peut pas changer et on travaille fort pour améliorer les choses.
Aujourd'hui, je ne crois pas que nous perdions la maison, même si pour l'instant, les choses ne sont pas réglées. L'arrivée du printemps nous laisse espérer le meilleur pour la suite. La vie réserve de bien belles surprises. Nous y croyons très fort. Le meilleur est donc à venir.
Ce "nouveau" blogue est donc mon petit lieu d'espoir. Parce que je crois toujours à la construction de ma fermette, quand notre situation sera plus facile. Parce que je crois que les rêves sont là pour être réalisés et que si on s'en donne vraiment la peine, un beau jour on les voit se concrétiser...





