10 juin 2009
La vie continue
Vivre va de paire avec l'inévitable question du deuil. Vivre, c'est aussi mourir un jour. Que la perte soit humaine ou animale, elle fait toujours mal.
Le 1er juin, Homer a fait une petite chute en sautant pour attrapper un bâton. Un accident tout bête, pendant que l'on jouait. C'était une belle journée. Il est tombé, a semblé sonné pendant un moment puis je l'ai aidé à se relever. Il semblait un peu déboussolé, sans plus. Le mardi soir, en rentrant du travail, il avait la tête penché, du mal à marcher sur ses quatre pattes. Mais il était enjoué, mangeait bien. On l'a amené chez le vétérinaire, mais sans vraiment s'inquiéter. Homer était encore un jeune chien. On en a donc conclue à une commotion cérébrale. Et peut-être une otite, à cause de la tête penchée. Il ne présentait pas vraiment de signes de maladie. Il a donc été traité pendant quelques jours, sans résultat. Le dimanche suivant, au matin, Homer semblait apathique. Il dormait beaucoup. Ne se levait pas. On a tenté de contacter un vétérinaire, mais le dimanche rien n'est ouvert. De minutes en minutes son état se détériorait. Il semblait avoir mal, poussait de petits cris, ne bougeait plus. Ne tenait plus sur ses pattes. Le vétérinaire nous a téléphoné vers 15h. Homer n'arrivait plus à se lever. Je croyais le voir mourir dans mon salon. Nous l'avons pris dans nos bras pour le mettre dans la voiture. Il ne pouvait plus le faire lui-même. La chute a causé un ACV qui laisse de graves séquelles, allant de la perte de la vue, de l'ouïe, jusqu'à la paralysie, et souvent à une ou plusieurs rechutes qui peuvent entraîner la mort. Il était trop jeune pour un ACV. Personne n'a envisagé cette possibilité. J'en ai voulu au vétérinaire, à moi-même et à la terre entière de m'enlever MON chien... C'est normal. Mais ce n'est la faute de personne.
On commençait déjà à faire notre deuil. Après avoir vu l'état dans lequel il était à la maison, je n'espérais rien, à moins d'un miracle. Je ne peux concevoir de laisser vivre un animal qui souffre autant, qui n'est plus l'ombre de lui-même. Je ne le voudrais même pas pour moi, encore moins pour mes animaux. Mentalement, on se prépare. Les jours qui ont suivis ont été horribles. On se donnait jusqu'à mardi, avec le vétérinaire, pour tenter l'impossible. Au cas où. Mais pas trop longtemps, pour ne pas étirer sa vie inutilement. Souffrir, ce n'est pas une vie. Ces journées-là ont été intenables. On savait Homer entre la vie et la mort. On devait faire son deuil en quelque sorte, mais il était toujours vivant. On ne savait plus comment parler de lui. Au passé, au présent? Peut-être qu'un miracle, ça existe? On est lucide et conscient que ses chances sont minces, mais il reste toujours un petit espoir...
Le pire de son absence, c'était de sentir sa présence. C'était de prévoir faire des gestes en fonction de lui, en se rappelant tout à coup qu'il n'y est plus. C'était s'endormir dans le silence alors que l'on était habitués à le faire sous ses ronflements depuis 4 ans. C'était d'aller chercher le courrier sans lui, alors que je n'avais qu'à prononcer le mot pour qu'il viennent me rejoindre dehors et que ce soit l'occasion d'un petit bol d'air pour tout les deux, avant le dîner. C'était d'avoir le réflexe de remplir son bol d'eau, de refermer une porte ou de faire attention si on échappe quelque chose. Le plus dur, c'était d'aller le porter au vétérinaire, de rentrer à la maison et d'avoir encore le réflexe de penser qu'il nous accueillera à notre arrivée... Le plus dur, c'était le silence. De ne plus entendre ses griffes tapoter le plancher à chacun de ses pas. Le plus dur, c'était de se regarder, mon Doux et moi, avec une sorte de sourire triste, et de savoir que tout les deux, on pensait à lui. Le plus dur, c'était de voir une journée magnifique, pleine de soleil et de vent, et de penser qu'il aurait été si agréable de sortir en promenade tous les deux, comme on le faisait régulièrement...
Je passais mes journées avec mon chien. Il m'accompagnait dans mes déplacements, dans mes activités, je lui parlais beaucoup. Prendre un chien pour le laisser attacher à un mètre de corde après un poteau ce n'est pas mon genre. À force de lui montrer des choses, de lui parler, il était très réveillé, très intelligent et très alerte. Il connaissait une foule de mots. Il connaissait le nom des gens, le nom des aliments, les pièces de la maison. Il savait comment ouvrir la porte de la maison, si seulement ses coussinets avaient été aggrippants...
Ces trois jours, j'ai erré dans la maison comme une âme en peine. Je mangeais parce qu'il faut bien se nourrir. Peu importe ce que j'attrapais au passage, tant que ça se mangeait et remplissait le corps, ça faisait l'affaire. J'ai fais des souper de crème glacée au chocolat. Mangé des noix en quantité industrielle. Et vidé des litres d'eau. J'ai beaucoup écrit, des textes soi-disant pour mon blog, décousus et remplis de beaux mots et d'expression sur ce que je ressentais. Écrire m'a donné du courage. A fait cesser les larmes au fil des heures. J'ai trouvé un site web sur le deuil animal qui m'a beaucoup aidé. J'ai lu et relu les différentes sections. Mon état désespéré a duré deux jours. J'allais travailler et je me concentrais sur une tâche routinière (classer des cartes, des livres) pour concentrer mon esprit sur quelque chose de simple, qui me ferait oublier pendant quelques minutes, ma peine. J'ai lu et relu tout le site web consacré à Homer. Ça m'a fait du bien. J'en ai d'ailleurs fait une copie à l'aide d'un excellent aspirateur de site. Je le garderai comme souvenir, pour me rappeler les bons moments.
Hier, c'était mardi. Dernier jour de chance pour mon gros bébé. Le vétérinaire m'appelle. Homer ne va pas mieux. Aucune amélioration. Il y a même détérioration. Nous étions préparé. Il est temps de prendre la grande décision. On ne le laisse pas vivre dans cet état. Le soir, nous avons rendez-vous. À cette étape, je crois que toute décision est bien personnelle. On nous a demandé si on souhaitait assister à l'euthanasie. Oui. On voulait être certain qu'il mourrait et quand il rendrait son dernier soupir. On ne voulait pas, par contre, garder le corps pour l'enterrer au jardin. Nous n'en étions pas capables, émotivement et je ne me voyais pas passer devant sa "tombe" tous les jours, en me disant que mon chien y était enterré. Et si on déménageait? Je n'avais pas envie de le laisser sur un terrain où je ne reviendrais jamais...
Quand nous sommes arrivés chez le vétérinaire, on nous a très bien accueillit. On nous a expliqué le déroulement de l'euthanasie. La dame nous a dit que beaucoup de gens n'assistent pas à la mort de leur animal. Je crois que c'est un choix tout personnel, mais moi, ça m'a fait un bien immense. Un calmant lui a d'abord été administré. Nous nous sommes approchés de la cage où il était. Il s'est poussé jusqu'à nous à l'aide de ses pattes de derrière. Les seules toujours en fonction. Tout le devant était paralysé. Il avait maigri. Il nous a reconnu. A agité sa petite queue. A voulu aller voir mon Doux et se coller à lui. Le vétérinaire nous a laissé 20 minutes avec lui. J'ai trouvé l'attitude du vétérinaire et de son assistante très reposante, très respectueuse. Je leur en suis reconnaissante. Nous avions besoin de ce temps passé avec Homer. Nous lui avons parlé. Dis combien il était aimé et que l'on penserait toujours à lui. On l'a caressé longuement, derrière les oreilles, comme il aimait. Nous lui avons dit que nous serions là avec lui et qu'il cesserait de souffrir. Il s'est détendu. Nous l'avons amené sur la table. Doucement, le vétérinaire l'a couché. Homer s'est laissé glissé dans une sorte de demi-sommeil. Il gardait ses yeux sur nous. Je lui ai caressé la tête pendant tout le temps qu'a duré l'injection. Il a soufflé deux fois avant que son coeur s'arrête. Paisiblement. Calmement. Je lui ai fermé les yeux. Je lui ai caressé la tête une dernière fois. Son collier dans ma main, nous sommes sortis et rentré à la maison.
Dans la voiture, je pleurais, je souriais. Je me sentais soulagée. Pour moi, pour lui. J'ai eu le sentiment de lui avoir offert une fin douce, calme, et humaine, tout comme l'a été sa vie. Nous étions avec lui jusqu'à la fin, comme il a été là pour nous dans nos joies, nos peines et nos difficultés au cours des quatre dernières années.
Homer est mort hier. Tout ça semble soudain pour vous, qui me lisez, car je n'ai pas vraiment écrit beaucoup ces derniers temps, mais les derniers jours m'ont parus des semaines. Homer est gravement malade depuis plus d'une semaine. Nous l'avons vu dépérir à vue d'oeil et avons eu le temps de faire en quelque sorte notre deuil. La journée d'hier s'est mieux passée que ce que j'appréhendais. Ce matin, je me suis réveillée en pensant à lui, qui gambadait sur le terrain, enjoué et heureux comme il l'était avant d'être malade. J'ai rangé son collier et sa couverture favorite dans une boîte. Elle a toujours son odeur.
La vie continue. Pleurer mon chien pendant 2 ans ne me mènera à rien, même si on l'a énormément aimé. Ça ne le fera pas revenir. Il faut avancer dans la vie, à travers le bon comme à travers les épreuves. Nous n'oublions pas pour autant. Nous allons faire agrandir et encadrer notre photo préférée de lui. Celle avec les marguerites. Parce qu'elle représente bien ce qu'était Homer.
Nous commençons à penser à un nouveau petit chien. Pas pour remplacer Homer. Rien ni personne ne peut le remplacer. Mais pour avoir à nouveau un petit compagnon, amusant, différent, une autre petite boule de poil à aimer. Avec ses nouvelles manies. Son caractère propre. Mais ce sera un bulldog anglais, comme Homer. Parce que quand on a appris à aimer ces chiens, on ne peut plus s'en passer...
08 avril 2009
Un ciel gris fumée
Depuis hier matin je suis fébrile. Je n'avais qu'une seule chose en tête, qui m'a tenue compagnie toute la journée. Les joues rouges, pleine d'énergie, j'ai terminée ma journée de travail, verrouillé la porte et je suis sortie. Un temps d'arrêt sur le palier, avant de descendre les marches vers la rue. Le ciel était gris, gris fumée, gorgé de gros nuages. En me rendant près de la rivière avant de monter dans la voiture, j'ai fais un arrêt au bord de l'eau. De gros flocons de neige tourbillonnaient dans le ciel. Le manteau détaché, le froid me faisait du bien. Au loin, une seule petite maison jaune se détachait de la rive, entourée d'un monde tout gris. Le contraste était beau, saisissant. J'ai regretté de ne pas avoir mon appareil photo. J'ai observé les remous de l'eau, les flocons qui masquaient le ciel. J'ai pensé que c'était juste bon d'être là. De pouvoir ressentir les choses comme je les ressens. De pouvoir être vivante pour goûter à toute la gamme des émotions, des plus belles aux plus difficiles.
J'ai marché vers la voiture. J'avais envie de tourbillonner, comme les flocons. Mon manteau rouge devait flamboyer dans la grisaille d'avril. Les émotions à fleur de peau, mais surtout la joie au coeur, j'avais l'impression qu'on ne voyait que moi. Parce qu'enfin, on a de bonnes nouvelles... et que la vie, peu à peu, pourra reprendre son cours, interrompu en janvier dernier...:)





